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Pourquoi un club LGBT ?

 

Un club de cyclisme LGBT* et friendly, pourquoi ?

Au mieux une interrogation bienveillante, souvent une certaine perplexité, parfois une franche hostilité : l’énoncé du concept même de club sportif gay et lesbien provoque le débat. Au travers de l’expérience du club de cyclisme Les Dérailleurs, plusieurs explications permettent de comprendre ce qui incite des homos, filles et garçons, à pratiquer leur sport favori dans un tel club.

Pour qui entend parler pour la première fois du mouvement sportif homosexuel(1), le fait de pratiquer un sport dans un club affiché comme tel peut paraître surprenant. Certains peuvent légitimement s’interroger sur ce qui leur semble être un repli sur soi. D’autres n’hésiteront pas à crier au communautarisme, à brandir l’idéal républicain, oubliant au passage que l’exclusion n’en fait pas partie au contraire de l’égalité et de la fraternité.

Car, si l’on veut bien prendre le temps de regarder sereinement et sincèrement la réalité en face, de partager le vécu des autres, on mesure le chemin qu’il reste encore à parcourir pour que chacun se sente bien dans notre société, quelle que soit son orientation sexuelle. S’il est vrai que les mentalités ont évolué – ce dont il faut se réjouir – tout n’est pas facile, notamment quand on se découvre jeune homo(2). L’homophobie est loin d’avoir disparu en France(3). Et puis une amélioration générale n’est jamais qu’une moyenne qui cache de fortes disparités.

Est-ce là la seule explication ? Pas seulement. Le mouvement sportif homo, qui se développe partout en France depuis une vingtaine d’années, s’est bâti en réaction aux différentes formes d’exclusion mais aussi et surtout en défendant les notions de diversité, de visibilité et d’intégration dans la société. En témoignent les affiliations successives de clubs de sport LGBT aux fédérations françaises de sport. Le développement de l’association Les Dérailleurs, club de VTT et de vélo de Route gay, lesbien et friendly4, en est un bon exemple. Les raisons qui incitent un nombre toujours croissant de personnes à rejoindre ce club s’articulent autour de trois grandes idées.

Un espace de liberté et de convivialité

Fondé à Paris, le club constitue avant tout un espace de liberté, où chacun peut être lui-même, sans autocensure, sans avoir à jouer la comédie : inutile, ici, de s’inventer une petite copine (pour les garçons) ou un petit copain (pour les filles). C’est faire l’expérience – pour une fois – de la “majorité”, quand on a toujours vécu la minorité.
Pour certains, c’est un espace transitoire, l’occasion d’un coming-out5 auprès de ses proches. C’est également un espace de convivialité, de sociabilité, une alternative au traditionnel bar-boîte et au « ghetto » que serait, par exemple, le quartier du Marais à Paris. Quartier – et style – dans lequel tous les homosexuels ne se reconnaissent pas, ce qui n’empêche pas d’autres de l’apprécier.
Liberté et convivialité : c’est encore plus vrai pour ceux qui se trouvent parfois isolés dans leur région. Depuis quelques années, le club s’est donné pour objectif de se développer en France, en suscitant la création d’antennes locales et en tissant des liens avec d’autres clubs, prenant ainsi une dimension nationale.

Une pratique sportive sans exclusion

Pour certains, c’est l’occasion de se réconcilier avec le sport. Pour d’autres, la possibilité de pratiquer sans pression sociale leur sport préféré. En effet, dès le collège, les valeurs véhiculées par « l’éducation » physique ne sont pas toujours le dépassement de soi et le développement personnel, mais parfois le machisme et ses remarques blessantes ainsi qu’un « esprit » de compétition qui relègue toujours les mêmes sur le banc de touche.
Car c’est bien connu, « le foot, c’est pas un sport de tapette », et « pédé » reste encore aujourd’hui l’insulte la mieux partagée. Dans les cours de récré… ou ailleurs. (Re)découvrir le plaisir de prati-quer un sport, acquérir de la technique, ou encore améliorer ses propres performances, sans forcément faire de la compétition, c’est aussi se renvoyer une image de soi positive, valorisante. Quel que soit son niveau, son âge6, son état de santé ou son milieu social, chacun partage la même passion pour un sport, ici le cyclisme.

La visibilité, au-delà des caricatures

Rouler avec les Dérailleurs et porter le maillot du club, c’est participer – à sa mesure – à la diffusion d’une image plus réaliste des gays et des lesbiennes, au-delà des caricatures. C’est également développer la visibilité des homos dans un domaine où l’on ne les attend pas – on peut être homo et sportif – même si les (trop rares) coming-out de sportifs de haut niveau commencent à briser les stéréotypes.
« La reconnaissance et l’intégration par le sport » est la devise portée par la FSGL, la fédération sportive gaie et lesbienne à laquelle appartiennent Les Dérailleurs. Dans cet esprit d’ouverture aux autres, le club a d’adhéré à la FFCT, la Fédération française de cyclotourisme, sans renier sa spécificité. Il se définit lui-même comme gay, lesbien et friendly, c’est-à-dire mixte et ouvert à tous ceux qui partagent ses valeurs sans considération aucune de l’orientation sexuelle.

In fine, un club sportif homo s’inscrit dans la lutte contre les discriminations, dont l’homophobie est l’une des manifestations. Un combat qui s’insère dans la démarche générale de défense et de promotion des droits humains. 


(*) LGBT : lesbienne, gay, bi et trans

1. Plus généralement, on utilise l’acronyme LGBT (lesbienne, gay, bi et trans).

2. Entre un quart et la moitié des suicides des ados et jeunes hommes seraient associés à une homo-bi-trans/ sexualité (cf. enquêtes de Philippe Adam de l'InVS et du Dr. Marc Shelly, validée par l'Inserm). Source : La Santé de L’homme n°386-Nov. 2006 www.inpes.sante.fr

3. Voir pour la France le dernier rapport de SOS Homophobie. www.sos-homophobie.org. Dans le monde, l’homosexualité est illégale dans plus de 70 pays. www.idahomophobia.org. Elle est passible de la peine de mort dans une dizaine de pays. http://www.amnesty.fr

4 - Friendly = amical.

Ce terme désigne la volonté des Dérailleurs de ne pas s’enfermer dans une démarche communautariste

et de s’ouvrir à des hétéros (friendly) désireux de partager nos projets, nos valeurs et l’état d’esprit de notre club.

5 - Coming-out : « sortie du placard ». Désigne l’attitude, les actes et paroles par lesquels une personne homo-sexuelle se dit comme telle auprès de tout ou partie de son entourage.

6 - À partir de 18 ans.

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un club lgbt

Les Dérailleurs sont un club de vélo lesbien, gay, bi, trans et friendly.
Présents dans plusieurs régions de France, notre club est ouvert à toutes et tous, débutants ou confirmés. Nous organisons toute l'année des randos, week-ends & séjours vtt (mountainbike) et vélo de route.
Antennes des Dérailleurs à Nantes, à Bordeaux, à Toulouse, à Lyon (Rhône - Alpes) et à Paris / en Ile de France.